L’humanité est confrontée à une crise sans précédent, peut-être la dernière, car se pose la question de la survie de l’espèce.
Crise environnementale, crise sociale et culturelle, crise économique, nous nous sentons dépassés par le flot continu de mauvaises nouvelles. L’apathie caractérise le mieux l’attitude générale, mais pas forcément pour les mêmes raisons. Pour un à deux milliards d’affamés, l’agonie lente ne laisse pas d’autres alternatives qu’une quête désespérée et hagarde. Pour un autre milliard de personnes, profitant encore des retombées matérielles du système, le sentiment d’impuissance individuelle s’explique par l’incapacité d'imaginer qu’un autre modèle de société est possible, et que chacun peut en être immédiatement un acteur.
Quand au pouvoir, il se déclare aujourd’hui, dans l’ensemble, résolument engagé à résoudre les multiples crises. Les déclarations et l’activisme, essentiellement de façade, n’ont d’égal que le retard criminel des gouvernements à prendre la mesure réelle du désastre.
Nous portons tous une part de responsabilité dans cette inconscience collective.
Pour en sortir, nous devons opérer une véritable révolution copernicienne. Nous n’y sommes pas prêts, « car la forme de raison qui domine notre époque la rend inimaginable. » (formule empruntée au sinologue et professeur Jean-François Billeter)
La nouvelle logique, diamétralement opposée à la logique actuelle, c’est de renverser le primat de l’économie sur l’humain et la vie sous toutes ses formes.
Toutes les ressources, humaines, animales, végétales, minérales… sont mobilisées pour l’économie, et ont pour finalité l’accroissement sans fin de celle-ci et du profit.
Le primat de l’économie est un avatar récent de l’histoire. C’est une construction voulue et décidée par les hommes il y a moins de 2 siècles. Remettre l’économie comme un moyen au service des hommes, et en respectant l’intégrité de la nature, est une condition sine qua non de survie.
Cela nous oblige à renoncer à notre société actuelle, dirigé par des mots fétiches comme « compétitivité», « croissance », « consommation »...
Cela va nous paraître infaisable, irréaliste, trop radical. Justement non, seule la radicalité est réaliste. A l’inverse, vouloir réformer le système à la marge est une approche totalement inefficace pour sortir de la crise. Mais pris dans nos contraintes et notre mode de vie matériel, nous qualifierons de « pas réaliste », tout ce qui nous semble trop difficile à sacrifier. Et ce réalisme là, peu courageux, borné à notre confort égoïste et précaire, rejoint la formule sans fard de Georges Bernanos : « Le réalisme, c’est la bonne conscience des salauds »
Remettre l’humain et la nature au 1er plan, c’est un nouveau projet de société où on privilégie la qualité à la quantité, un autre rapport à l’éducation, à la consommation, à l’alimentation, à la santé, et où la démocratie et la politique reprennent tout leur sens.
C’est une société reposant sur des valeurs, une éthique de responsabilité dans l'espace et dans le temps, nous permettant de cohabiter durablement avec l’ensemble des espèces vivantes de la planète.
Selon le mot juste de Goethe « La nature aura toujours le dernier mot ». Des civilisations passées ou actuelles, ont respectés ou appliquent encore ces principes de vie.
Il ne tient qu’à nous, de les mettre en pratique individuellement et collectivement.