Le secteur financier illustre parfaitement la démesure de l’économie mondialisée.
L’économie a imposé sa logique à toute la planète, et la finance s’est placée au sommet de ce système de domination absolu et sans égal dans l’histoire de l’humanité.
Ce secteur traduit ainsi tous les excès d’un modèle intenable, et sera probablement à l’origine de la fin de l’économie de marché.
Télécharger l'image
Gigantisme des banques, profits illégitimes, opacité des comptes caractérisent les dérives logiques du système financier.
Si l’économie mondiale tend à remplacer nos démocraties, (dites représentatives) par des oligarchies – pouvoir politique détenu par une élite-, la finance, quand à elle, encourage la ploutocratie – pouvoir politique détenu par les riches.
Bien entendu, les banquiers et les personnes travaillant dans le domaine financier, ne sont pas les seuls responsables, c’est l’ensemble du système qui est à remettre en cause radicalement, et chacun est concerné. Comme tous les pouvoirs hégémoniques, la finance diffuse ses évidences, présentées comme du bon sens commun, voire des lois relevant de l’ordre naturel. C’est grâce à ces fausses évidences, propagées avec complaisance par les relais du pouvoir, qu’insidieusement celles-ci perdurent sans qu’on puisse analyser le fond du problème.
Les crises régulières du système et les remèdes inefficaces proposés, illustrent parfaitement ce principe. La « libre circulation de la monnaie » fait parti de ces règles présentés comme absolument nécessaires au bon fonctionnement de l’économie, et donc à la prospérité et au bonheur des populations habitant la planète.
Rien de plus faux pourtant que cette affirmation, et celle-ci est à la base de toutes les dérives du secteur. Mais il semble a priori totalement inconvenant de discuter du principe de « liberté », ni de la « monnaie », moyen fort commode d’échange. Personne n’aurait envie de se priver de « liberté » ou de se limiter au « troc » pour ses échanges. Le bon sens commun a parlé et si ce n’est pas suffisant, les économistes useront de métaphores en comparant, par exemple, la libre circulation de la monnaie à celle du sang dans le corps humain.
En réalité, la libre circulation de la monnaie sur la planète détruit les économies locales, favorise le pillage des ressources naturelles, et précipite les populations dans la misère.
Réduire très significativement la libre circulation de l’argent sur la planète, rendrait à la monnaie toutes ses vertus pratiques en soutenant le commerce essentiellement à une échelle locale.
L’argent libre a stimulé une économie mondiale destructrice, et la finance a pris le pouvoir sur l’ensemble des économies.
Les échanges de biens et services réelles à l’échelle mondiale sont de l’ordre de 40 milliards de dollars par jour, à comparer avec les 3500 milliards de dollars échangés quotidiennement sur le marché des devises, ou encore les 5500 milliards de dollars échangés sur les produits financiers, favorisant la spéculation et des prises d’intérêts aussi illégitimes que colossales!
Entendons-nous bien, les 40 milliards de dollars de biens et services réels échangés sur la planète sont déjà globalement néfastes pour la majorité des populations, alors que penser des milliers de milliards échangés tous les jours sur le marché des devises ou des produits dérivés pour gagner de l’argent sur l’argent, sans limites... ?
Une situation ubuesque à la hauteur des menaces qui pèsent sur l’humanité…
Les hommes ont décrété la libre circulation de la monnaie, et dans le même temps ont limité drastiquement la liberté de déplacement des personnes. Curieuse application du principe de liberté, où l’argent a plus de droit que l’être humain.
Il est vrai qu’une toute petite minorité économique et financière a gardé le privilège de voyager librement. Le noble principe de liberté de circulation appliquée à la monnaie lui a permis d’accumuler à son profit l’argent, lui donnant le droit en retour de se déplacer librement sur la planète, pour son confort et son plaisir. L’ancien premier ministre britannique Tony Blair, lorsqu’il était encore en exercice, avouait sans vergogne qu’il ne voyait pas comment il pourrait se passer du plaisir de passer une partie de ses vacances aux Bahamas, lorsqu’on lui opposait le problème du transport aérien et de son impact sur le réchauffement climatique (Une autre version du fameux « Le niveau de vie des américains n’est pas négociable » du président Reagan).
A l'inverse, pour une majorité de plus en plus grande d’être humains, le déplacement migratoire est devenu une condition de survie, compte tenu de la destruction accélérée de leurs économies de subsistance par l’économie mondialisée.
Si la libre circulation de la monnaie devait réellement créer des richesses pour tous, cela aurait fini par se voir ( !), et il ne serait plus nécessaire d’empêcher les populations de se déplacer (Très majoritairement, les gens restent attachés à leurs racines et leur région, et n’ont pas vocation à migrer).
Au lieu de déplacements contraints par la misère, il n’y aurait donc plus que des voyages d’agrément favorisant l’industrie touristique de chaque pays et leur sacro-saint PIB !
Cette évidence et cette injustice sont avérées, mais ils restent encore de nombreuses personnes croyant, ou faisant semblant de croire, que la liberté de l’argent et du marché, va profiter à toute l’humanité.
Peut-on revenir sur la financiarisation des économies ? Est-ce un processus naturel irréversible, comme on nous le rabâche à longueurs d’onde, au même titre que le principe de la pesanteur ?
Bien entendu non, et il est très facile de défaire rapidement, la puissance hégémonique de l’argent sur nos vies. Ce n’est qu’une question de volonté politique et de courage.
La crise actuelle offre à nos dirigeants politiques une belle opportunité pour dénoncer les effets profondément néfastes de l’organisation financière mondiale, et sa très grande fragilité. Des plus libéraux aux plus réformateurs, chacun a entonné vaillamment le refrain de la « refondation du capitalisme, de la finance ou du marché ».
Malheureusement si les déclarations proclamées se veulent fortes, les intentions et les actions réelles envisagées restent à la surface du problème. Les démagogues ont essayé de nous convaincre que les milliards déversés si rapidement dans le système financier étaient là pour sauver nos petites économies individuelles.
Chacun a été impressionné par l’esprit de coopération et la réactivité des Etats pour sauver les grandes banques.
Le problème de la faim dans le Monde n’a jamais eu le droit à autant d’égard, alors que selon le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), 48 milliards de dollars versés annuellement résoudrait cette injustice innommable datant de plusieurs décennies. 48 milliards de dollars versus plus de 2000 milliards dollars trouvés en quelques semaines pour sauver nos grandes banques et nos petites économies. Le rouge de la honte devrait couvrir nos démocraties moralisantes, imbues de leurs Droits de l’Homme.
Dès le XIIIème siècle, le théologien et philosophe Thomas d’Aquin nous avait mis en garde : « Recevoir un intérêt pour de l’argent prêté est en soi injuste, car c’est faire payer ce qui n’existe pas, ce qui constitue une inégalité contraire à la justice ».
Les textes religieux sont sans équivoques sur l’immoralité à « faire de l’argent sur l’argent ». Le purgatoire a été ainsi inventé au Moyen Age pour repêcher les âmes qui avaient commis le pêcher d’usure, considéré comme mortel.
Quelles sont les solutions pour sortir au plus vite de la logique destructrice de la prise d’intérêts illégitimes pratiquée à grande échelle ? Dans la série des mesures annoncées récemment par les dirigeants de la planète pour réformer le système financier, une seule est à la hauteur des enjeux : la suppression pure et simple des paradis fiscaux.
L’opacité offerte par ces zones de non droit, joue le rôle du catalyseur infernal d’une économie illégale et criminelle. Mais on peut avoir des gros doutes sur la capacité des grandes nations à supprimer effectivement ces zones hors la loi. On s’en tiendra probablement comme dans les années 80, à un effort de normalisation affichée par les Etats avec la mise à l’index d’une petite poignée de paradis fiscaux, alors que l’ensemble de la place financière et donc l’économie mondiale, est compromise dans ce système économico-mafieux.
Pour remettre radicalement en cause le pouvoir actuel de l’argent sur la vie sous toutes ses formes, il faudrait que chaque Etat de la planète, chaque région, chaque ville se réapproprie sa monnaie, seul moyen de garantir la souveraineté de son économie.
La finance, à travers Banques Centrales et institutions internationales, a voulu confisquer cette souveraineté aux populations, et a du même coup mis l’ensemble des économies dans une dépendance extrême et fragile.
Il est temps que les populations reprennent le pouvoir et l’usage de l’argent au service d’une économie locale et soutenable. Des régions, des villes ont déjà entrepris cette démarche, y compris au sein du plus puissant état de la planète, les Etats-Unis.
Les monnaies locales interdisent la spéculation et favorisent le « doux commerce », cher à Montesquieu.
A titre individuel, chacun devrait utiliser son argent au service de sa région, des dépenses alimentaires quotidiennes aux dépenses de confort ou d’agrément. L’argent devrait circuler quasi-exclusivement au service d’une économie locale, de proximité, seule à même de donner autonomie et dignité aux populations, et compatible avec un partage équilibré et donc durable des ressources disponibles sur la Terre.
Enfin, l’argent inutilisé, « dormant », ne devrait pas donner d’intérêts. Faire de l’argent sur l’argent est définitivement immoral.
Citations
« Le dollar est notre monnaie, mais il est votre problème » John Connaly, secrétaire américain au Trésor
« Installées désormais au sommet de ce système [l’économie de marché], les marchés financiers se sont substitués aux Etats dans leur rôle de régulateur de l’économie et même de la politique. » Jean de Maillard. Le rapport censuré
Selon une étude américaine, les 500 firmes de l’indice Standard & Poor’s disposent de 631 milliards de réserves liquides. La moitié des bénéfices des entreprises américaines provient d’opérations sur les marchés financiers.