L’industrialisation et le la loi du « Marché » appliquées à l’agriculture, traduisent tous les excès et les incohérences d’un modèle de société insoutenable et inhumain.
Les conséquences sont bien visibles et effrayantes.
Sur le plan écologique, l’agriculture industrielle a une responsabilité première dans le réchauffement climatique, la disparition accélérée de la biodiversité alimentaire, végétale, et animale, la dévastation des terres arables, et l’accaparement des réserves d’eau douce de la planète.
Sur le plan social, il ne s’agit pas moins que de la destruction de millions d’activités paysannes, de la perte des savoir-faire ancestraux, des traditions, et de l’identité des populations rurales.
Enfin l’agriculture industrielle a réduit considérablement les apports nutritifs des aliments, nous affaiblit, et nous expose à des risques sanitaires majeurs.
Injustice innommable et tragédie absolue, elle est la cause de la famine structurelle dans le monde.
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Si ce bilan inimaginable de l’agriculture moderne est encore aujourd’hui peu connu et, en tous les cas, jamais présenté dans son ensemble par le pouvoir politique et les grands médias, c’est que tout simplement l’agriculture industrielle touche les intérêts privés de plusieurs oligopoles économiques ultra-puissants : l’industrie pétro-chimique, l’agro-alimentaire, la grande distribution, l’industrie pharmaceutique, les constructeurs, le secteur du transport et les banques.
Aussi les constats indéniables sur l’implication de l’agriculture moderne dans le réchauffement climatique, la stérilisation des terres, ou l’appauvrissement radical du patrimoine alimentaire, seront accompagnés le plus souvent par l’affirmation mensongère que, seule celle-ci a permis de répondre au défi démographique et de nourrir la planète.
Mythe qui perdure, à l’encontre d’une réalité criante, et malgré les déclarations récentes, mais parcimonieuses, d’institutions internationales comme la FAO ou la Banque mondiale, qui commencent progressivement à reconnaître l’importance des petites cultures traditionnelles, diversifiées et vivrières pour garantir la sécurité alimentaire mondiale.
La reconnaissance tardive et limitée des pouvoirs publics dans l’impasse des politiques agricoles appliquées depuis 50 ans, ne peut suffire à résoudre la crise. Malgré l’ampleur des risques sanitaires, sociaux ou écologiques, le pouvoir est piégé par la puissance des lobbies industriels, et tout simplement par sa filiation au système.
La voie de retournement est étroite. Un chemin individuel où se croisent la morale, le bon sens et la convivialité.
Les solutions et les alternatives à l’agriculture moderne dévastatrice sont connues, existent : petites exploitations diversifiées, faiblement mécanisées, adaptées à leur terroir, fonctionnant de manière autonome, avec leurs propres ressources, et à l’exclusion de tout intrant chimique.
Une agriculture durable, préservant la souveraineté alimentaire des populations, car les lois du « Marché » ne pourront plus s’y appliquer.
La nourriture est un bien vital, social, culturel qui appartient en propre à chaque individu, chaque population. Il serait irresponsable de continuer à laisser le « Marché » résoudre pour nous cette question primordiale.
Ce qui est proposé n’est pas moins que la désindustrialisation de l’agriculture, et de sa sortie des règles imposée par « l’économie de marché ».
Un retournement copernicien.
Il peut servir d’exemples à d’autres secteurs, et amorcer le changement de paradigme nécessaire…
L’enjeu est urgent et vital. Chaque consommateur est interpellé dans sa conscience et ses pratiques.
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L’agriculture industrielle est née à la sortie de la 1ère guerre mondiale, et a pris son essor après la seconde guerre mondiale.
Pour 2 évènements concomitants.
La grande guerre avait fait une saignée terrible dans la population rurale, et l’industrie en plein développement avait besoin de nouveaux bras. Il fallait donc pouvoir produire autant de nourriture avec moins de bras.
Par ailleurs, l’industrie chimique devait trouver des nouveaux débouchés pour écouler ses stocks d’armes. Chaque guerre du XXième siècle a ainsi offert à l’industrie chimique et militaire une opportunité de reconversion.
L’agriculture était une cible idéale. Elle proposait un potentiel de terres à traiter infiniment plus large que le plus grand des champs de bataille, et une activité dont on pouvait garantir la continuité (on se nourrit tous les jours au contraire des guerres, même si le XXième siècle a su appliqué sa logique industrielle et rationnelle à l’art de s’entretuer, avec des massacres d’une ampleur et d’une cruauté inédite, et si le XXIème siècle s’ouvre sur de belles perspectives!).
Si on s’était peu ému de l’utilisation de la chimie pour la destruction de ses semblables, il n’y avait pas de raison de s’en inquiéter pour un usage, a priori, pacifique et louable. Les travaux du baron Justus von Liebig, chimiste allemand du 19ième siècle, avait établi que l’on pouvait apporter directement une partie des éléments nutritifs dont avaient besoin les plantes, à travers le triptyque NPK (Azote + Phosphate + Potassium). (Von Liebig reconnaîtra à la fin de sa vie que sa théorie était erronée et totalement inconséquente).
Ils ne restaient plus qu’à imposer les molécules chimiques au monde agricole, quitte à remettre en cause un rapport millénaire établi entre les paysans et la nature.
Alain Gras souligne bien cette rupture fondamentale. « L’usage des engrais artificiels détruit le lien entre le paysan et sa terre, il fait violence à la nature, car il tombe sur le sol comme les bombes sur les villes. Zygmunt Bauman, dans son remarquable ouvrage « Modernité et holocauste », ose un rapprochement saisissant : « Le génocide moderne, comme la culture moderne, est un travail de jardinier. Si le projet [agro-idustriel] définit ses mauvaises herbes, il y a des mauvaises herbes partout où il y a un jardin et les mauvaises herbes doivent être exterminées. » Le « projet engrais artificiels », qui s’accompagne nécessairement du « projet pesticides », est une œuvre de destruction totale, comme l’étaient les bombardements sur zones que l’on nommait « attritions » dans le vocabulaire militaire. »
Aux mauvaises herbes, il faut rajouter la destruction de la vie organique. 80% de la masse organique terrestre vit sous terre. Le projet agro-chimique éradique tous les organismes et micro-organismes, et supprime ainsi tous les échanges vitaux, se faisant naturellement, entre le minéral et le végétal.
La promesse de rendements meilleurs, ou de révolutions dites « vertes », est une mystification de l’industrie. A court terme, sur des bonnes terres arables, l’adjonction de produits chimiques a pu faire illusion un temps en dopant les rendements. Mais à des conditions économiques et énergétiques intenables, et au prix de la pollution et de l’appauvrissement régulier de la terre, et des nourritures produites.
Selon l’organisme international en charge de l’alimentation (la FAO), chaque tonne de céréales produite par l’agriculture industrielle utilise 3.000 à 10.000 mégajoules d’énergie, alors que les petits agriculteurs traditionnels n’en utilisent que 500 à 1000 (10 fois moins).
Pour l’agronome François Plassard, « Les chercheurs Pimental et Duzhouc démontrent que si nous avions nourri les 5 milliards d’êtres humains à partir de 1990 avec les technologies agro-industrielles, les réserves de pétrole auraient été épuisées en 1996 ! »
L’agriculture industrielle représente une menace sanitaire majeure. Les aliments sont vidés de leurs substances nutritives, et bourrés de pesticides. On a oublié, ou plutôt fait semblant d’oublier, que la 1ère règle de la prévention des maladies est de disposer d’une nourriture saine. Mais la dévitalisation et l’empoisonnement des aliments assurent les profits d’une industrie florissante. L’industrie pharmaceutique peut imposer à la planète ses médicaments et autres alicaments.
« Nous avons voulu délivrer l’homme du travail en cherchant la productivité à tout prix. Or « pour délivrer l’homme du travail nous avons dégradé le travail au point qu’il ne nous reste plus qu’à nous en évader. Nous avons dégradé les produits du travail et nous sommes à notre tour dégradés par eux. » » Le philosophe et sociologue Daniel Cérézuelle, citant Wendell Berry, écrivain et poète américain
Quelques citations…
Selon la FAO depuis 1950 l’agriculture industrielle est responsable de l’appauvrissement des 1/5 des terres arables cultivées sur la planète et consomme 70% des réserves en eau douce
« Les ventes de pesticides rapportent à l’industrie plus de 30 milliards de dollars par an, et 80% de ces recettes sont répartis entre 8 grands groupes mondiaux ». Source FAO
Selon Michael Eddleston, toxicologue, le suicide aux pesticides fait 300.000 morts par an dans les campagnes asiatiques
« Nous assistons actuellement à l’apparition d’un totalitarisme alimentaire dans lequel une poignée de firmes dominent la totalité de la chaîne alimentaire et détruisent les bases de solutions alternatives, de sorte que les populations ne peuvent pas accéder à une alimentation variée, saine et produite de façon écologique. Les marchés locaux sont délibérément anéantis pour que soient établis des monopoles sur les semences et les systèmes alimentaires. » Vandana Shiva, physicienne et écologiste
« Ce qu'on appelle la «Révolution agricole» n'est rien d'autre que l'extension de la société industrielle et urbaine à la totalité de l'espace et de la population. Evénement énorme, quelle que soit l'opinion qu'on en ait et qui ne peut guère être comparé qu'à la découverte du feu et de l'agriculture. En effet, la première révolution industrielle avait accusé le contraste de la campagne et de la ville, la seconde tend à l'abolir, confondant l'une et l'autre dans une organisation totale, sinon totalitaire, dont on risque de ne plus sortir. » Daniel Cérézuelle
« La transformation de l'agriculture en industrie agro-alimentaire produisant en masse des aliments standardisés et banalisés entraîne un appauvrissement considérable de notre relation quotidienne à la réalité: elle élimine les multiples significations symboliques, sociales voire spirituelles, qui donnent un sens spécifiquement humain à la préparation et à la consommation des aliments. » Daniel Cérézuelle
« On estime qu’en Amérique latine les 2/3 des terres appartiennent à 1,5% des propriétaires. En Afrique, la propriété des 3/4 des paysans ne représentent que 4% des terres. Le monde de paysans sans terre ne cesse d’augmenter : il serait aujourd’hui de 500 millions. » Silvia Pérez-Vitoria
En 1955, 10 millions de personnes vivaient de l’agriculture en France, aujourd’hui ils ne sont plus que 2 millions, et on continue à perdre près de 40.000 exploitations chaque année en France.