La quête du Graal pour une entreprise dans sa recherche effrénée de profit, c’est la situation de monopole.
Le monopole permet à l’entreprise d’imposer sa volonté aussi bien à ses fournisseurs qu’à ses clients. Les profits sont garantis durablement, sans efforts, au détriment de la qualité des services ou des produits proposés, et sur le « dos » de la vie sociale, et de la vie en général sous toutes ses formes.
Toutes les entreprises visent logiquement ce pouvoir absolu, et les lois censées lutter contre les monopoles, ou les oligopoles – monopoles partagés à plusieurs - ont démontré leurs limites.
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Pour parvenir à une position monopolistique - ou oligopolistique-, la stratégie des entreprises se réduit à la fameuse « croissance ».
La course à la taille permet de profiter pleinement des progrès technologiques (économies d’échelles en profitant du coût artificiellement bas du transport), de mieux dominer son marché (clients, fournisseurs), de faire pression sur les pouvoirs publics et les états, et ainsi de renforcer perpétuellement ses marges.
Le monopole est l’aboutissement ultime et logique de cette course à la croissance. Il ne reste plus alors qu’à « approvisionner » les « consommateurs ».
Un monopole dans l’industrie semencière, assurerait une domination totale et perpétuelle sans efforts (on a l’obligation de se nourrir tous les jours). Pour un secteur moins vital, comme celui des téléphones mobiles, la publicité se chargera de créer « de nouveaux besoins », et le désir inextinguible du consommateur alimentera le renouvellement du marché. Si on prend l'exemple du marché de la téléphonie mobile, plus d'un milliard de téléphones auront été vendu dans le monde en 2007. Nokia, le numéro 1 du secteur, vend un million de téléphones par jour. S'il veut augmenter ses ventes annuelles, il faut nécessairement que les anciens clients achètent le dernier téléphone de la marque. Nouveaux gadgets et publicité assurent le renouvellement des gammes.
La course sans fin au profit se traduit par une concentration toujours plus forte des entreprises et des actifs pour une proportion d’emploi toujours plus faible. Jean Ziegler rapporte dans son livre « L’empire de la honte » que les 500 premières entreprises contrôlent 52% du PIB de la planète et occupent moins de 1,8% de la population mondiale !
Et ce n’est pas fini, le ratio nombre d’emplois créés par l’économie rapporté à la population mondiale continuera à décroître. L’argument fallacieux des emplois créés par l’économie est largement contre dite par les faits. La course à la taille et la croissance économique créent beaucoup plus de perdants que de gagnants. Mais chaque gouvernement au pouvoir, quelle que soit ses origines et sa « couleur politique », continuera à prétendre le contraire.
Il est intéressant d’observer que la formidable concentration du pouvoir économique n’a été possible qu’avec le soutien des états. Selon une étude américaine « à peu près toutes les grandes compagnies du monde ont bénéficié d’une aide décisive des pouvoirs publics, ou de barrières commerciales, dans la définition de leur stratégie ou de leur position compétitive ».
Pour le politologue Noam Chomsky « Au moins 20 compagnies classées dans les 100ères par la revue Fortune en 1993 n’auraient pu survivre de manière indépendante si elles n’avaient été sauvées par leur gouvernement respectifs ».
Les états sont toujours prompts à jouer de la fibre patriotique et à justifier ainsi le sauvetage de soit disant « fleurons » de l’industrie du pays. Si les intérêts privés de quelques-uns sont sauvés dans ces opérations couteuses, la majorité ne s’y retrouve pas, ni bien sûr la population du pays concerné.
Une position monopolistique élimine toute possibilité de concurrence loyale et saine sur le marché. Les stratégies sont multiples. On abaisse les prix d’un produit artificiellement (son coût peut être inférieur à son coût de production) jusqu’à la disparition du petit concurrent, et une fois celui-ci éliminé, on remonte les prix pour récupérer les marges perdues. Les exemples de ces pratiques foisonnent. Le laboratoire GloaxoSmithKline a reçu une amende de 10 millions d'euros par le Conseil de la concurrence le 14 mars 2007, pour avoir empêcher l'introduction de médicaments génériques à l'hôpital. GSK, par une politique de prix prédateurs, c'est à dire anormalement bas, a mis en faillite le fabricant de génériques Flavelab, et ensuite "a remonté sensiblement ses prix [...] récupérant très largement les pertes consenties [...]. Cette politique de prédation s'est inscrite dans une stratégie globale d'intimidation" selon le Conseil de la concurrence, "visant à décourager l'entrée de génériques sur les marchés hospitaliers". (Le Monde du 16 mars 2007).
Les entreprises en position de monopole sur un secteur peuvent aussi s’entendre sur les prix, et former ce qu’on appelle un « cartel ». Le Conseil de la concurrence a ainsi infligé une amende de 37 millions d’euros à 8 distributeurs et fabricants de jouets, dont 27,4 millions d’euros pour Carrefour. Le Conseil a jugé les pratiques « haïssables ». Selon un membre du Conseil « Le coût de la fabrication des jouets, de plus en plus externalisée en Chine, a diminué mais les fabricants n’ont pas restitué cette baisse, c’est le consommateur la victime». (Les vraies victimes sont surtout les femmes et les enfants asiatiques impliqués dans la fabrication des dits jouets, mais cela n'est plus du ressort du Conseil de la concurrence...). Les distributeurs et les fabricants se sont mis d’accord « au centime d’euros près » pour ne pas se faire concurrence! (Le monde du 22 décembre 2007).
Autre cas parmi d’autres : la Commission européenne a infligé une amende de 750 millions d’euros à un cartel électrique regroupant Siemens (écopant de la plus lourde pénalité avec 418 millions d’euros), Alstom et Areva (65 millions d’euros), Schneider (8,1 millions d’euros)…La Commission a mis en évidence que les membres du cartel truquait les appels d’offre et les prix, et se répartissait les marchés sans se faire concurrence (Le Monde du 26 janvier 2008).
L’encadrement du Marché par les pouvoirs publics a démonté amplement ses limites. Le pouvoir de nuisance des grandes entreprises dépassent largement la capacité régulatrice des Etats. Ceux-ci sont pris dans les mailles des lobbies industriels, du « renvoi d’ascenseur », du clientélisme ou de la corruption.
Il ne reste plus au pouvoir public qu’à sanctionner à la marge certains excès pour faire croire que la course au monopole est sous contrôle.
Si les multinationales et les Etats-Nations ont une responsabilité première dans la constitution de ces monopoles destructeurs, chacun est interpellé en tant que salarié/producteur ou client/consommateur des dits monopoles. Sans notre participation, il n’y a tout simplement pas de profits et d’existence possible pour eux…